Le fascisme de la fin des temps : un survivalisme suprémaciste ?

Écrit par Elsa Gautier. Publié le . Modifié le .

Pour Naomi Klein et Astra Taylor, le trumpisme et ses variants, tout en niant la catastrophe climatique, sont hantés de manière souterraine par l’idée d’une apocalypse planétaire prochaine et proposent en réalité aux masses occidentales « un survivalisme monstrueux et suprémaciste »1.

Article issu de notre hors-série « Résister aux nouveaux fascismes », disponible en kiosque et librairie et à la commande.

Selon les deux intellectuelles canadiennes, le projet des néofascistes est donc de transformer les États les plus riches en « nations forteresses », en rejetant tout devoir de solidarité envers les habitants des pays du Sud, le vivant et les générations futures. Dans cette logique de « bunkérisation », la surveillance des frontières et le contrôle des flux migratoires sont cardinaux.

Et à la manière dont certains obsédés de l’effondrement à venir stockent packs d’eau et conserves dans leurs abris individuels, « le gouvernement états-unien doit s’accaparer toutes les ressources dont ses citoyens ainsi protégés pourraient avoir besoin pour faire face aux épreuves à venir ». Le canal de Panama, les minerais essentiels de l’Ukraine, l’eau douce du Canada…

Selon cette grille de lecture, l’opération de capture du président Maduro, que Trump a justifié sans complexe par le besoin d’accéder aux gigantesques ressources pétrolières du Venezuela, tout comme l’intention affichée de s’emparer du Groenland, ne signent pas un simple retour du vieil impérialisme de la doctrine Monroe.

Elles s’inscrivent dans « une méga-anticipation de type survivaliste (super-sized prepping) à l’échelle d’un État-nation. Oubliées les vieilles lubies coloniales consistant à apporter la démocratie ou la parole de Dieu – quand Trump observe le monde avec convoitise, il entend accumuler des réserves en vue de l’effondrement de la civilisation. » Et après lui, le déluge. 

Actuellement en kiosque

Hors-série — Résister aux nouveaux fascismes avec Salomé Saqué

19,00 €

La newsletter de Socialter

Recevez nos actualités, les annonces de nos nouvelles parutions ainsi que des promotions et concours exclusifs.

À propos de l’auteur·ice
Elsa Gautier
Elsa Gautier est rédactrice en chef du magazine Socialter.Retrouver tous ses articles.

Actuellement en kiosque

Hors-série — Résister aux nouveaux fascismes avec Salomé Saqué

19,00 €

La newsletter de Socialter

Recevez nos actualités, les annonces de nos nouvelles parutions ainsi que des promotions et concours exclusifs.

À lire aussi

Myriam Bahaffou : « L’écologie implique par nature de reconnaître l’érotisme des autres qu’humains »

Réservé aux abonné·es :Myriam Bahaffou : « L’écologie implique par nature de reconnaître l’érotisme des autres qu’humains »

« La question érotique est une question écologique » : partant de ce postulat, la philosophe écoféministe Myriam Bahaffou explore les façons d’érotiser nos relations et nos expériences, sensuelles, charnelles, esthétiques, intellectuelles, avec les mondes autres qu’humains. Inspirée par le mouvement décolonial et queer, elle milite pour une jouissance débarrassée des injonctions capitalistes : prédation, productivité, privatisation. Entretien avec une chercheuse aux propos aussi libres que déjantés.

Par Clea Chakraverty

Michaël Fœssel : « Une partie de la gauche considère que le plaisir est suspect parce qu’il manifesterait une complicité avec un monde injuste »

Réservé aux abonné·es :Michaël Fœssel : « Une partie de la gauche considère que le plaisir est suspect parce qu’il manifesterait une complicité avec un monde injuste »

Peut-on éprouver du plaisir dans un monde injuste, sans se sentir coupable ou complice ? Le philosophe Michaël Fœssel répond par l’affirmative. Quand il ne confine pas à la simple satisfaction de nos désirs et ne succombe pas aux sirènes consuméristes, le plaisir se joue en effet de l’ordre établi, cultive le sens du collectif, de l’inattendu et de la surprise, et reste éminemment politique et subversif. Inscrit dans l’histoire de la gauche, il permet de sortir du seul registre de l’indignation et de la dénonciation, pour esquisser d’autres horizons désirables.

Par Fabien Benoit