Des champs de soja à perte de vue sur lesquels progressent en ordre de bataille d’énormes moissonneuses-batteuses dans une apparente chorégraphie : ces paysages, devenus monnaie courante dans le Mato Grosso brésilien ou la pampa argentine, sont ancrés dans l’imaginaire collectif. Pourtant, l’histoire de la graine en Amérique du Sud n’a qu’une trentaine d’années.
Article issu de notre n°71, à retrouver en kiosque, librairie, à la commande et sur abonnement.

C’est de l’autre côté du Pacifique que se situe en fait son berceau : il y a des milliers d’années que la Chine cultive cette légumineuse pour l’alimentation humaine, bien avant que son destin ne prenne une dimension planétaire. Au tournant du XXe siècle en effet, elle devient l’allié principal du marché de la viande en pleine expansion, grâce à son imbattable teneur en protéines – facilement assimilables et digestibles par les animaux d’élevage –, à la multiplicité des autres usages que l’on peut en tirer et à son extraordinaire capacité à fixer l’azote.
Depuis, l’effet combiné d’une croissance démographique mondiale accélérée – multipliée par quatre depuis cent ans –, de l’urbanisation de la population et de la transition concomitante vers un régime alimentaire plus carné n’ont fait qu’accentuer la dépendance : la production annuelle mondiale de soja est passée de 26 à 336 millions de tonnes depuis 1974¹. Dont 19 % sont destinés à l’alimentation humaine et 77 % à l’alimentation animale (volaille, bovins laitiers et porcs principalement) sous forme de tourteaux de soja, partie ultra-protéinée de la graine qui subsiste une fois qu’elle a été triturée pour en extraire l’huile. Cette dernière est quant à elle utilisée à des fins cosmétiques et pharmaceutiques, dans les biocarburants et pour l’alimentation humaine.







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