La nouvelle internationale fasciste

Écrit par Elsa Gautier. Publié le . Modifié le .

« Agir ne suppose pas de tout savoir, mais la conscience collective du danger et la connaissance précise de l’ennemi ne sauraient être négligées dans notre lutte prolongée pour faire reculer le néofascisme. » Auteur notamment de La possibilité du fascisme (La Découverte, 2018) et du récent Comment le fascisme gagne la France (La Découverte, 2025), Ugo Palheta est l’un des meilleurs observateurs français des dynamiques contemporaines des extrêmes droites (Lire Socialter n° 65).

Alors que les mots, les images et les affects nationalistes, racistes, masculinistes circulent désormais à grande vitesse autour du globe – des États-Unis de Trump à la Hongrie d’Orban en passant par l’Argentine de Javier Milei –, le sociologue fait reparaître, dans une version actualisée depuis 2022, un ouvrage dense dédié à la « nouvelle internationale fasciste » en voie de constitution. Comparant les fascismes des années 1930 et leurs avatars contemporains, Ugo Palheta pointe des différences mais aussi des continuités, comme le caractère de « révolte réactionnaire » commun à ces mouvements.

Une nature ambivalente, qui leur permet de mobiliser à la fois deux affects puissants : le désir d’ordre et les aspirations « anti-système », et de fédérer une base sociale composite à la fois plébéienne et élitaire. Inscrivant de manière éclairante le moment néofasciste actuel dans un contexte de « crise d’hégémonie » du néolibéralisme, il insiste sur un tournant crucial, et lourd de menaces : « le ralliement de secteurs majeurs du capital aux extrêmes droites, jamais vu à cette échelle depuis l’entre-deux-guerre. »

Limpide, accessible, cette synthèse constitue un outil précieux pour voir clair dans le brouillard politique de notre temps. Un complément indispensable aux analyses souvent franco-centrées de la montée de l’extrême droite, à mettre sur toutes les tables de chevet antifascistes.

La nouvelle internationale fasciste – Nouvelle édition (malheureusement augmentée) Ugo Palheta → Éditions Textuel 2025 – 160 pages – 17,90 €

Actuellement en kiosque

Hors-série — Résister aux nouveaux fascismes avec Salomé Saqué

19,00 €

La newsletter de Socialter

Recevez nos actualités, les annonces de nos nouvelles parutions ainsi que des promotions et concours exclusifs.

À propos de l’auteur·ice
Elsa Gautier
Elsa Gautier est rédactrice en chef du magazine Socialter.Retrouver tous ses articles.

Actuellement en kiosque

Hors-série — Résister aux nouveaux fascismes avec Salomé Saqué

19,00 €

La newsletter de Socialter

Recevez nos actualités, les annonces de nos nouvelles parutions ainsi que des promotions et concours exclusifs.

À lire aussi

Myriam Bahaffou : « L’écologie implique par nature de reconnaître l’érotisme des autres qu’humains »

Réservé aux abonné·es :Myriam Bahaffou : « L’écologie implique par nature de reconnaître l’érotisme des autres qu’humains »

« La question érotique est une question écologique » : partant de ce postulat, la philosophe écoféministe Myriam Bahaffou explore les façons d’érotiser nos relations et nos expériences, sensuelles, charnelles, esthétiques, intellectuelles, avec les mondes autres qu’humains. Inspirée par le mouvement décolonial et queer, elle milite pour une jouissance débarrassée des injonctions capitalistes : prédation, productivité, privatisation. Entretien avec une chercheuse aux propos aussi libres que déjantés.

Par Clea Chakraverty

Michaël Fœssel : « Une partie de la gauche considère que le plaisir est suspect parce qu’il manifesterait une complicité avec un monde injuste »

Réservé aux abonné·es :Michaël Fœssel : « Une partie de la gauche considère que le plaisir est suspect parce qu’il manifesterait une complicité avec un monde injuste »

Peut-on éprouver du plaisir dans un monde injuste, sans se sentir coupable ou complice ? Le philosophe Michaël Fœssel répond par l’affirmative. Quand il ne confine pas à la simple satisfaction de nos désirs et ne succombe pas aux sirènes consuméristes, le plaisir se joue en effet de l’ordre établi, cultive le sens du collectif, de l’inattendu et de la surprise, et reste éminemment politique et subversif. Inscrit dans l’histoire de la gauche, il permet de sortir du seul registre de l’indignation et de la dénonciation, pour esquisser d’autres horizons désirables.

Par Fabien Benoit