Le capitalisme est un cannibalisme

Écrit par Hélène Seingier-Barros. Publié le . Modifié le .

Figure du féminisme et de la gauche radicale aux États-Unis, la philosophe Nancy Fraser propose dans cet essai d’envisager le capitalisme non plus comme un système économique mais comme un « ordre sociétal institutionnalisé » – à l’image du féodalisme en son temps. Signe particulier : une tendance intrinsèque à détruire les fondements mêmes de son existence, tel le mythique serpent ouroboros se mordant la queue. On sait depuis Marx que le capitalisme dévore ses propres bases économiques.

Mais pour Nancy Fraser, il engloutit également quatre autres types de ressources, qui lui sont indispensables mais qu’il considère paradoxalement comme insignifiantes : le travail de care ; les biens et même la vie des populations les plus vulnérables, souvent racisées ; les richesses issues de la « nature non-humaine » ; et enfin les pouvoirs publics. Le capitalisme cannibaliserait même les citoyens et citoyennes, en « dévorant notre liberté collective de décider ensemble de notre mode de vie ».

L’essai est méthodique, le rythme répétitif mais pédagogique et la démonstration assez implacable – quoique parfois trop restreinte au cas des États-Unis. Avec cette conviction, qui revient comme un mantra : les actuelles crises sociales, écologiques, économiques et politiques sont entremêlées, car toutes rattachées à la boulimie du capitalisme financiarisé. Si une alternative sérieuse doit voir le jour, conclut l’autrice, elle devra être aussi englobante que le fléau auquel elle s’attaque. 

Le capitalisme est un cannibalisme – Nancy Fraser Éditions Agone → 15 janvier 2025 – 288 pages – 21 €

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À propos de l’auteur·ice
Hélène Seingier-Barros
Journaliste spécialisée sur l’écologie et membre du comité de rédaction de Le 1 Hebdo, elle a publié notamment deux ouvrages à propos du plastique : « Plastique, le grand emballement » (Stock, 2020) et « Réduire son empreinte plastique » (Ulmer, 2023).Retrouver tous ses articles.

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