Campagnes rouges : les luttes anticapitalistes des Paysans-Travailleurs

Écrit par Jules Calage. Publié le . Modifié le .Illustration par Centre d’histoire du travail, Fonds René Bourrigaud.
Rassemblement sur le plateau du Larzac durant l’été 1973 (24-25 août).

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La permanence d’un cliché tenace – celui d’une allergie historique entre campagnes conservatrices et villes à gauche – a longtemps contribué à invisibiliser les paysans des récits de luttes révolutionnaires et émancipatrices. « Le plus souvent, observe par exemple la sociologue Élise Roullaud, lorsque l’on évoque Mai 68, ce sont des visages d’étudiants et d’étudiantes ou d’ouvriers et d’ouvrières, des images de barricades érigées dans les rues parisiennes qui viennent à l’esprit. »

Article issu de notre n°67 « Résistances rurales », disponible en kiosque, en librairies et sur notre boutique.

Pourtant, le 24 mai 1968, c’est une horde de tracteurs, flanquée de deux mille paysans, qui pénètre dans Nantes pour y rabattre l’édredon de la révolution. La ville est au bord de l’insurrection depuis le début des « événements de mai » – dix jours plus tôt, c’est à quelques kilomètres que fut sonné le coup d’envoi de la grève générale avec l’occupation, par ses ouvriers, de l’usine Sud-Aviation. Au cortège paysan se joignent ouvriers et étudiants, qui convergent en une procession joyeuse et combative vers la place Royale, au centre de la ville. Cette dernière est aussitôt rebaptisée « place du Peuple » tandis que du haut de sa fontaine, deux paysans de Couëron – les frères Blineau – brandissent une banderole incisive : « Non au système capitaliste, oui à la révolution complète de la société. »

Cette convergence entre les mondes paysan, ouvrier et étudiant se traduit le matin même en actes avec l’institution d’un Comité général de grève – administration parallèle et populaire nichée au sein de la mairie occupée – chargé de prendre en main les services publics : attribution de carburant aux agriculteurs et professionnels du soin, ramassage des ordures et coordination de l’approvisionnement de la ville et ses environs en denrées alimentaires. Les agriculteurs du département distribuent aux grévistes pommes de terre, lait, légumes, œufs et poulets à prix coûtant.

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À propos de l’auteur·ice
Jules Calage
Jules Calage est étudiant à l’EHESS et titulaire d’une Licence Sciences pour un Monde Durable à l’Université PSL.Retrouver tous ses articles.

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