Capitalisme de rente, sabotage et limites planétaires

Écrit par Nastasia Hadjadji. Publié le . Modifié le .

« Fin de l’abondance » ; « Mode de vie plus austère » ; « S’adapter aux limites ». Paradoxe de l’époque, ces discours se trouvent autant chez les écologistes radicaux que les technocrates les plus libéraux. Comment l’imaginaire sur la finitude des ressources peut-il désormais se confondre avec les prescriptions néolibérales justifiant les cures d’austérité ? C’est sur ce paradoxe saisissant que le docteur en économie Vincent Ortiz choisit de jeter la lumière.

Celui qui est aussi rédacteur en chef du média Le Vent se lève s’intéresse à ce qu’il nomme le « coup de maître » des « sept sœurs » du pétrole mondial, ces multinationales qui, à partir des années 1970, s’organisent en cartel pour mettre en place la rareté de la production d’or noir afin d’en faire monter le prix. Une opération de « sabotage » particulièrement stratégique puisqu’elle se confond, à l’époque, avec certaines préconisations du Club de Rome qui, en 1972, alerte sur les effets délétères d’une surexploitation des gisements d’énergie fossile.

En empruntant à l’économiste hétérodoxe Thorstein Veblen, Vincent Ortiz montre que l’organisation de la rareté est en réalité la matrice d’un néolibéralisme qui prospère sur la pénurie. Et cette stratégie se trouve aujourd’hui alignée avec l’agenda d’un pan de l’écologie politique qui milite sur la notion de sobriété. Un « malentendu qui dure depuis cinq décennies », note l’auteur. Ainsi qu’un paradoxe de plus, dans une époque prompte à tous les brouillages idéologiques. 

L’Ère de la pénurie Capitalisme de rente, sabotage et limites planétaires Vincent Ortiz Les éditions du Cerf → février 2024 – 204 pages – 20 €

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À propos de l’auteur·ice
Nastasia Hadjadji
Journaliste économie numérique & technocritique. Autrice de « No Crypto. Comment Bitcoin a envoûté la planète » aux Éditions Divergence.Retrouver tous ses articles.

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