Le Capital sexuel

Écrit par Caroline Vinet. Publié le . Modifié le .

Sex-toys, romans érotiques, films pornographiques, coachs en séduction… le sexe fait vendre. Loin des grandes heures de la libération sexuelle, il s’est même néolibéralisé. Dana Kaplan et Eva Illouz décortiquent sans complaisance le glissement toujours plus profond des méthodes et idées néolibérales dans la sphère intime, où « la vie se mue en travail » et où le capital sexuel se mue en « facteur de reproduction des hiérarchies de classe ». Le corps devient une ressource à exploiter et à faire valoir sur le marché… du travail.

C’est là l’aspect disruptif – puisqu’on parle néolibéralisme – de cet essai. La sexualité, avancent les deux sociologues, améliore l’estime de soi, peut exprimer une forme de domination (on multiplie les « coups d’un soir »), permet d’aiguiser ses compétences sociales tout en offrant une plus grande satisfaction professionnelle. Les plateformes de rencontre jouent de cette porosité toujours plus grande entre sphères privée et professionnelle. Ainsi l’application Bumble fait de l’art du « premier pas » la compétence sine qua non pour avoir une vie amoureuse et professionnelle épanouie.

Du moins, pour qui possède ce savoir-faire et sait l’exploiter. Car tout le monde n’est pas doté du même capital sexuel. Ainsi le capitalisme exploite-t-il l’émancipation sexuelle pour mieux se perpétuer. 

Le capital sexuel, Dana Kaplan et Eva Illouz, Seuil → novembre 2023 – 162 pages – 17,90 €

Actuellement en kiosque

Hors-série — Résister aux nouveaux fascismes avec Salomé Saqué

19,00 €

La newsletter de Socialter

Recevez nos actualités, les annonces de nos nouvelles parutions ainsi que des promotions et concours exclusifs.

À propos de l’auteur·ice
Caroline Vinet
Journaliste à La Vie Hebdo et Réforme Hebdo.Retrouver tous ses articles.

Actuellement en kiosque

Hors-série — Résister aux nouveaux fascismes avec Salomé Saqué

19,00 €

La newsletter de Socialter

Recevez nos actualités, les annonces de nos nouvelles parutions ainsi que des promotions et concours exclusifs.

À lire aussi

Myriam Bahaffou : « L’écologie implique par nature de reconnaître l’érotisme des autres qu’humains »

Réservé aux abonné·es :Myriam Bahaffou : « L’écologie implique par nature de reconnaître l’érotisme des autres qu’humains »

« La question érotique est une question écologique » : partant de ce postulat, la philosophe écoféministe Myriam Bahaffou explore les façons d’érotiser nos relations et nos expériences, sensuelles, charnelles, esthétiques, intellectuelles, avec les mondes autres qu’humains. Inspirée par le mouvement décolonial et queer, elle milite pour une jouissance débarrassée des injonctions capitalistes : prédation, productivité, privatisation. Entretien avec une chercheuse aux propos aussi libres que déjantés.

Par Clea Chakraverty

Michaël Fœssel : « Une partie de la gauche considère que le plaisir est suspect parce qu’il manifesterait une complicité avec un monde injuste »

Réservé aux abonné·es :Michaël Fœssel : « Une partie de la gauche considère que le plaisir est suspect parce qu’il manifesterait une complicité avec un monde injuste »

Peut-on éprouver du plaisir dans un monde injuste, sans se sentir coupable ou complice ? Le philosophe Michaël Fœssel répond par l’affirmative. Quand il ne confine pas à la simple satisfaction de nos désirs et ne succombe pas aux sirènes consuméristes, le plaisir se joue en effet de l’ordre établi, cultive le sens du collectif, de l’inattendu et de la surprise, et reste éminemment politique et subversif. Inscrit dans l’histoire de la gauche, il permet de sortir du seul registre de l’indignation et de la dénonciation, pour esquisser d’autres horizons désirables.

Par Fabien Benoit