L’agriculture intensive peut-elle se passer des engrais azotés ?

Écrit par Hélène Seingier-Barros. Publié le . Modifié le .Illustration par Par Cjp24 — Travail personnel, CC BY-SA 3.0
Engrais chimiques composés conditionnés en gros sacs de 600 kg (TIMAC Agro, filiale du groupe Roullier). Bourgogne-Franche-Comté, France).

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4 août 2020, Beyrouth. Une déflagration gigantesque secoue le port, suivie d’une deuxième, plus ravageuse encore. Oubliées dans un hangar, des centaines de tonnes de nitrate d’ammonium viennent d’exploser. Cette substance chimique, issue de l’azote de synthèse, peut servir à fabriquer des engrais… ou des explosifs.

Article issu de notre numéro 62 « L’écologie, un truc de bourgeois ? », disponible en kiosque, librairie et sur notre boutique.

Indispensable à l’agriculture moderne, l’azote de synthèse n’a pas seulement touché Beyrouth au cœur. En 2022, tout ce que la planète compte d’agriculteurs intensifs s’est fait un sang d’encre à l’idée d’une pénurie d’engrais azotés, véritables dopants pour les rendements. En parallèle, les défenseurs du climat, de l’eau ou de la qualité de l’air s’inquiètent des impacts de ces produits sur l’environnement lorsqu’ils prennent la forme de protoxyde d’azote, de nitrates ou de particules fines. Symbole du productivisme agricole effréné, l’azote de synthèse va-t-il être contraint d’entrer dans une ère de raison ?

Histoire du monde moderne

Inspirez un grand coup. Vous venez d’ingérer 78 % d’azote, une substance aussi cruciale à la vie que l’oxygène ou le carbone. Il est en effet constitutif des acides aminés et des protéines ; chez les végétaux, il est indispensable à la croissance. Problème : nos organismes et la plupart des plantes ne savent pas « capter » l’azote atmosphérique. Nous baignons donc dans un bain aux vertus fabuleuses… mais inaccessibles.

Tout change au début des années 1910. Alors que les scientifiques s’arrachent les cheveux depuis des décennies sur la question, le chimiste allemand Fritz Haber découvre comment dompter l’azote de l’air : sous haute pression et à haute température, il le « force » à réagir avec l’hydrogène – issu du charbon à l’époque – pour en tirer de l’ammoniac, puis de l’acide nitrique. L’azote est enfin capturé dans les éprouvettes.

Pour industrialiser sa découverte, le chimiste s’associe à l’industriel Carl Bosch, patron de BASF – l’ancêtre de la multinationale des…

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À propos de l’auteur·ice
Hélène Seingier-Barros
Journaliste spécialisée sur l’écologie et membre du comité de rédaction de Le 1 Hebdo, elle a publié notamment deux ouvrages à propos du plastique : « Plastique, le grand emballement » (Stock, 2020) et « Réduire son empreinte plastique » (Ulmer, 2023).Retrouver tous ses articles.

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