Se reconnecter au vivant suffira-t-il pour le sauver ?

Écrit par Romane Mugnier. Publié le . Modifié le .

En pleine crise écologique et remise en cause de nos modes de travail, on rêve d’un monde qui ne soit pas dicté par les logiques productivistes : retour à la nature, réensauvagement des villes, critique de la modernité… Relayés par les médias, certains penseurs du vivant proposent de proscrire le terme « production », de développer des espaces de nature en libre évolution, d’inventer une « cosmopolitesse » faite d’égards ajustés à chaque vivant. Dans cet essai, les deux auteurs souhaitent montrer les impasses et les dérives d’un tel discours.

À travers l’analyse de différents ouvrages, ils s’interrogent : doit-on vraiment choisir entre vivre et produire ? Quels désirs et activités durables peut-on cultiver à l’intérieur des limites planétaires ? Le vivant humain a horreur du vide. Il n’y aura pas de fermeture sans ouverture, de réaffectation, de renoncement sans réinvestissement des désirs et de l’énergie libidinale libre d’emploi. Se concentrer sur une sorte de « déséconomicisation », dans un souci de reconnexion sensible au vivant et à ses pouvoirs d’« engendrement », aurait révélé, pour les auteurs, une véritable dévalorisation du travail agricole et industriel, la stigmatisation des sciences et l’occultation du besoin d’accomplissement. Il convient aujourd’hui de se questionner sur ce qu’il faudrait produire, où, par qui et comment, et cet ouvrage offre des pistes de réflexion intéressantes.

Vivre sans produire. L’insoutenable légèreté des penseurs du vivant, Vincent Rigoulet et Alexandra Bidet, Éditions du Croquant 134 pages, 12 €.

Actuellement en kiosque

Hors-série — Résister aux nouveaux fascismes avec Salomé Saqué

19,00 €

La newsletter de Socialter

Recevez nos actualités, les annonces de nos nouvelles parutions ainsi que des promotions et concours exclusifs.

À propos de l’auteur·ice
Romane Mugnier
Romane Mugnier est journalisteRetrouver tous ses articles.

Actuellement en kiosque

Hors-série — Résister aux nouveaux fascismes avec Salomé Saqué

19,00 €

La newsletter de Socialter

Recevez nos actualités, les annonces de nos nouvelles parutions ainsi que des promotions et concours exclusifs.

À lire aussi

Myriam Bahaffou : « L’écologie implique par nature de reconnaître l’érotisme des autres qu’humains »

Réservé aux abonné·es :Myriam Bahaffou : « L’écologie implique par nature de reconnaître l’érotisme des autres qu’humains »

« La question érotique est une question écologique » : partant de ce postulat, la philosophe écoféministe Myriam Bahaffou explore les façons d’érotiser nos relations et nos expériences, sensuelles, charnelles, esthétiques, intellectuelles, avec les mondes autres qu’humains. Inspirée par le mouvement décolonial et queer, elle milite pour une jouissance débarrassée des injonctions capitalistes : prédation, productivité, privatisation. Entretien avec une chercheuse aux propos aussi libres que déjantés.

Par Clea Chakraverty

Michaël Fœssel : « Une partie de la gauche considère que le plaisir est suspect parce qu’il manifesterait une complicité avec un monde injuste »

Réservé aux abonné·es :Michaël Fœssel : « Une partie de la gauche considère que le plaisir est suspect parce qu’il manifesterait une complicité avec un monde injuste »

Peut-on éprouver du plaisir dans un monde injuste, sans se sentir coupable ou complice ? Le philosophe Michaël Fœssel répond par l’affirmative. Quand il ne confine pas à la simple satisfaction de nos désirs et ne succombe pas aux sirènes consuméristes, le plaisir se joue en effet de l’ordre établi, cultive le sens du collectif, de l’inattendu et de la surprise, et reste éminemment politique et subversif. Inscrit dans l’histoire de la gauche, il permet de sortir du seul registre de l’indignation et de la dénonciation, pour esquisser d’autres horizons désirables.

Par Fabien Benoit