C’était à une soirée, je parlais avec un type que je connaissais un peu, on échangeait sur nos recherches respectives. Alors, me dit-il, c’est toi qui bosses sur les carottes et les navets en ville ? Au détour d’une petite phrase assassine, voilà mes dix années d’enquête à travers les potagers des métropoles réduites à quelques légumes-racines un peu terreux – lui travaille sur les briques et le capitalisme, ça fait tout de suite plus sérieux. Sous-entendu les potagers ça n’intéresse que les bonnes femmes, les bobos tendance colibris et les apprentis bifurqueurs.
Texte à retrouver dans Bascules #3 – 10 propositions pour un tournant radical, en kiosque, librairie et sur notre boutique.

Sous-entendu c’est bien joli les jardins, mais ça doit produire au mieux quelques radis, c’est pas comme ça qu’on va nourrir le monde et sauver la planète. D’ailleurs, ne dit-on pas que « l’écologie sans lutte des classes c’est du jardinage » ? Dans un bel effort de mansplaining à peine voilé, il me signifie que cultiver en ville est une pratique dépolitisée, bonne à ranger dans la catégorie de l’écologie inoffensive.
Reprenons. Qu’observe-t-on quand on arpente les potagers, qu’on discute avec celles et ceux qui les cultivent ? Quand on y donne un coup de main et qu’on suit des luttes pour les défendre ? On découvre que les jardins ouvriers, familiaux ou partagés permettent de manger des bonnes tomates du jardin, mais aussi de boucler des fins de mois difficiles. Ils rendent également possible de pratiquer une activité physique, de partager des savoir-faire, de profiter d’un barbecue en famille. Ou tout simplement de se reposer du tumulte ambiant en écoutant le bourdon des abeilles. Ils favorisent l’entraide et l’éducation au cycle végétal, au travail de la terre ou aux arts culinaires. Le sol, les haies, les arbres et les mares du potager sont des espaces de biodiversité et de refuge pour la faune qui y trouve le gîte et le couvert. L’absorption de l’eau et le couvert ombragé qu’ils apportent sont d’autant plus importants dans les villes que le réchauffement climatique s’accroit. Ils permettent, notamment aux personnes vulnérables, de s’abriter des canicules.
« Établir un jardinage populaire et écologique pour toutes les habitantes et tous les habitants des villes ne se fera pas sans luttes. »







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