Washing machine ou la stratégie du coucou

Écrit par Philippe Vion-Dury. Publié le . Modifié le .

Si vous sortez d’un ermitage d’une bonne décennie, vous apprendrez que la croissance peut être « verte », l’économie « circulaire », l’énergie « propre », l’ananas « décarbonné », et Total « responsable ». Le « greenwashing », comme les autres « washings », est une métatechnique rhétorique. « Il y a d’abord des moyens rhétoriques, comme l’emploi de termes flous évoquant l’écologie (eco-friendly, 100 % naturel, etc.), d’euphémismes permettant d’atténuer certaines réalités (produits phytosanitaires plutôt que pesticides) ou d’expressions consistant à associer une notion “ écologique ” à un terme ou une activité contestée (biocarburants, gaz naturel) quitte à créer de véritables oxymores (développement durable, écologie industrielle, etc.) », notent Aurélien Berlan, Guillaume Carbou, Laure Teulières dans l’introduction de Greenwashing, Manuel pour dépolluer le débat public (Seuil, 2022).

Ce « verrouillage de l’avenir » ferait pâlir d’envie un coucou. Comme l’oiseau, le « greenwashing » vise le nid des autres. Commence-t-on à dire qu’il va falloir anticiper les destructions qu’occasionnera très bientôt le capitalisme sur nos écosystèmes et adapter nos villes et nos modes de vie ? Voilà que le coucou se pointe et nous chante des « politiques de résilience » et des stratégies d’« adaptation ». Mais ce qu’il entend par là, ce n’est pas de changer de modèle agricole, non : il faut installer des méga-bassines auxquelles on raccordera des exploitations agricoles

industrielles et robotisées. Mais le coucou ne se contente pas de s’installer dans le nid des autres, il leur fait couver ses propres œufs. Plus le choix : face à la catastrophe, en urgence, il faut bien dire oui aux SUV électriques, à la désalinisation de l’eau de mer, la manipulation génétique des plantes, la viande artificielle cultivée en cuves et l’État nucléarisé.  

Retrouvez tous nos exercices d’autodéfense dans notre hors-série « Manuel d’autodéfense intellectuelle », en librairie et sur notre boutique.


Actuellement en kiosque

Hors-série — Résister aux nouveaux fascismes avec Salomé Saqué

19,00 €

La newsletter de Socialter

Recevez nos actualités, les annonces de nos nouvelles parutions ainsi que des promotions et concours exclusifs.

Philippe Vion-Dury
À propos de l’auteur·ice
Philippe Vion-Dury

Actuellement en kiosque

Hors-série — Résister aux nouveaux fascismes avec Salomé Saqué

19,00 €

La newsletter de Socialter

Recevez nos actualités, les annonces de nos nouvelles parutions ainsi que des promotions et concours exclusifs.

À lire aussi

Myriam Bahaffou : « L’écologie implique par nature de reconnaître l’érotisme des autres qu’humains »

Réservé aux abonné·es :Myriam Bahaffou : « L’écologie implique par nature de reconnaître l’érotisme des autres qu’humains »

« La question érotique est une question écologique » : partant de ce postulat, la philosophe écoféministe Myriam Bahaffou explore les façons d’érotiser nos relations et nos expériences, sensuelles, charnelles, esthétiques, intellectuelles, avec les mondes autres qu’humains. Inspirée par le mouvement décolonial et queer, elle milite pour une jouissance débarrassée des injonctions capitalistes : prédation, productivité, privatisation. Entretien avec une chercheuse aux propos aussi libres que déjantés.

Par Clea Chakraverty

Michaël Fœssel : « Une partie de la gauche considère que le plaisir est suspect parce qu’il manifesterait une complicité avec un monde injuste »

Réservé aux abonné·es :Michaël Fœssel : « Une partie de la gauche considère que le plaisir est suspect parce qu’il manifesterait une complicité avec un monde injuste »

Peut-on éprouver du plaisir dans un monde injuste, sans se sentir coupable ou complice ? Le philosophe Michaël Fœssel répond par l’affirmative. Quand il ne confine pas à la simple satisfaction de nos désirs et ne succombe pas aux sirènes consuméristes, le plaisir se joue en effet de l’ordre établi, cultive le sens du collectif, de l’inattendu et de la surprise, et reste éminemment politique et subversif. Inscrit dans l’histoire de la gauche, il permet de sortir du seul registre de l’indignation et de la dénonciation, pour esquisser d’autres horizons désirables.

Par Fabien Benoit