En Mayenne, le cinéma autonome et coopératif

Écrit par Antoine Glémain. Publié le . Modifié le .

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« … Il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais continuer. »

— Samuel Beckett) 

Nous sommes quelques dizaines, tous liés à des titres divers à la Mayenne et au cinéma : auteurs, réalisateurs, techniciens, programmateurs, gestion­naires de salles, enseignants, formateurs… Au long des années 2010, nous avons peu à peu compris que la numérisation en cours du cinéma ne se réduisait pas à une transformation technique des méthodes de montage et de postproduction, puis des caméras, des projecteurs et des autres appareillages filmiques. Il s’agit d’une mutation globale, plus importante que l’irruption de la télévision dans les années 1960-1970, qui se traduit en particulier par trois phénomènes, déjà présents à la fin des années 2010 et que les années de pandémie ont accélérés d’une manière irréversible.

Article issu de notre hors-série « Manuel d’autodéfense intellectuelle » avec François Bégaudeau, en kiosque, librairie et sur notre boutique.


1. Les grandes plateformes de streaming (Netflix, Disney, Apple, Warner, Paramount, Amazon…) ont acquis un poids tel, dans la production et la diffusion des films, comme dans l’évolution des pratiques des spectateurs, que toute l’industrie du cinéma doit se réorganiser autour d’elles. Or ce sont des structures qui se déploient dans tout le champ des divertissements : pas seulement le cinéma, mais les séries, les jeux, les spectacles, les parcs à thème, le sport, etc. Même si elles sont devenues les principales productrices du cinéma mondial, les films ne sont pas au centre de leurs préoccupations, ils ne sont qu’un élément secondaire (certes encore paré de certains prestiges) du flux addictif destiné à leurs utilisateurs. C’est ainsi que Hollywood produit désormais moins des films (encore que la surprise de grandes œuvres intempestives y soit toujours possible) que des marques indéfiniment déclinables en jeux vidéo, séries, films, spectacles immersifs…

2. Fondée sur une relative redistribution des gains des télévisions et des recettes en salles des films américains en vue du financement de l’ensemble de la filière cinématographique, « l’exception culturelle française » a sans doute permis, pendant plus de trois décennies, la réalisation de nombreux films et, incidemment, la garantie de nombreux emplois. Non sans dérives : habitudes de l’entre-soi, standardisation des tristement dénommés « films du milieu » (moyens budgets, moyennes ambitions, moyens regards critiques, moyen intérêt pour les spectateurs)…

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À propos de l’auteur·ice
Antoine Glémain
Cogérant de la SCIC Films de l’YmagierRetrouver tous ses articles.

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