L’hyperbole épouvantail : ouvrir la fenêtre d’Overton

Écrit par Philippe Vion-Dury. Publié le . Modifié le .

« Écoterroristes » : voilà comment Gérald Darmanin a qualifié certains militants présents à Sainte-Soline, lors de la première bataille qui s’est livrée contre la méga-bassine locale en octobre 2022. On aurait tort de croire le ministre de l’Intérieur stupide – même si. La technique de l’exagération a ici une fonction toute politique : rendre acceptable la répression. On pense à la fenêtre d’Overton. Inventée dans les années 1990 par le lobbyiste et juriste Joseph P. Overton, cette allégorie désigne le spectre des idées, opinions ou pratiques considérées acceptables dans le débat public.

Les militants écologistes adorent l’invoquer pour justifier des prises de positions extrêmes qui, même si elles ne sont pas partagées par tout leur camp, permettent de rendre acceptables et modérées certaines opinions hier jugées radicales. Sauf qu’une bataille pour cette fenêtre se livre ici avec les tenants de l’ordre : plus les uns poussent pour l’ouvrir, plus les autres tirent pour la refermer. L’exagération fait peur : un simple acte de désobéissance devient un danger potentiel pour l’État de droit, la République, et l’équilibre général des forces cosmiques. De fait : inacceptable.

Une autre fenêtre d’Overton s’ouvre proportionnellement : celle de ce qu’il est acceptable de faire en termes répressifs. Le premier effet de l’exagération est d’autoriser la criminalisation, c’est-à-dire la dépolitisation. Le casseur casse parce qu’il veut casser, l’écoterroriste terrorise parce qu’il veut terroriser. L’écoterroriste n’est plus un militant, et d’ailleurs ce n’est plus un citoyen : c’est un ennemi intérieur. C’est simple, ça plaît à Benjamin Duhamel.  

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