Faire son devoir

Écrit par Philippe Vion-Dury. Publié le . Modifié le .

« Voter, c’est abdiquer », comme l’écrivait Élisée Reclus. François Bégaudeau fait bien de nous le rappeler : le principe de la représentation, c’est de donner le pouvoir de décider de son destin à quelqu’un d’autre. C’est un acte anti-politique aux effets politiques. Logiquement, s’abstenir serait-il plus politique que de voter ? C’est bien entendu ce que l’écrivain punk pense. Sans pour autant généraliser – libertaire oblige. « J’ai l’abstention molle. Je m’abstiens avec si peu de zèle qu’un rien me retournerait. » Pas prosélyte !

On pourrait aussi penser qu’il se protège des coups à venir. Car une fois refermé ce rappel à l’ordre intelligent et fin sur les affects et les ressorts de l’élection, la question reste irrésolue : peut-on s’abstenir lorsqu’on sait que certains gouvernements causeraient plus de dommages que d’autres aux populations les plus vulnérables ? Que des gens en chair et en os vont en souffrir ? Et que voter n’exclut pas de continuer la (vraie) politique au quotidien ? Le dilemme persiste, dilemme auquel ne peuvent répondre finalement que l’éthique et l’intime : en toutes circonstances, faire son devoir – mais lequel ?

Comment s’occuper un dimanche d’élection, François Bégaudeau,Divergences, 11 mars 2022, 130 pages, 14 €.

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