Après le changement climatique : penser l’histoire

Écrit par Youness Bousenna. Publié le . Modifié le .

L’historien indien Dipesh Chakrabarty a l’art d’écrire des textes marquants. L’essai Provincialiser l’Europe (Éditions Amsterdam, 2000) est devenu un classique du courant postcolonial et son article « Le climat de l’histoire : quatre thèses » (Critical Inquiry, 2009), réfléchissant à la façon dont la question climatique affecte l’histoire, s’est imposé comme un texte de référence que cette somme vient approfondir. Construite en trois parties, elle reprend d’abord les quatre thèses en répondant à certaines critiques, puis embraye sur des réflexions philosophiques et politiques autour de la façon dont le temps géologique percute notre modernité.

Son propos s’ordonne essentiellement autour de la faille temporelle ouverte par l’irruption de la planète (celle dont parle le Giec) dans notre globe (celui de l’OMC et de l’ONU). Mais cette intuition de 2009 n’est plus si nouvelle aujourd’hui. Entre-temps, une décennie de (sur)production intellectuelle a nourri le constat… et relativisé sa totale nouveauté : la préoccupation des humains pour le climat est séculaire, démontraient Jean-Baptiste Fressoz et Fabien Locher dans Les Révoltes du ciel (Seuil, 2020). À cette impression de surplace s’ajoute une posture surplombante qui, relativisant la place du capitalisme et occultant les forces sociales, participe à désincarner des réflexions par ailleurs fécondes.

Après le changement climatique, penser l’histoire Dipesh Chakrabarty, traduit par Pierre-Emmanuel Dauzat et Aude de Saint Loup, Gallimard, 19 janvier 2023, 400 pages, 28 €

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Youness Bousenna
À propos de l’auteur·ice
Youness Bousenna
Journaliste. Son travail apparait notamment dans Telerama, Socialter, Le Monde, Limite. Il est également l’auteur de Albert Camus, l’éternité est ici (Première partie, 2019).Retrouver tous ses articles.

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