Indépendance et droits sociaux : les trajectoires sinueuses des agricultrices

Écrit par Reprise de terres. Publié le . Modifié le .

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Pourquoi les femmes du monde agricole sont-elles restées si longtemps sans terre, sans profession et sans droits sociaux ? Pour comprendre, il faut remonter aux années 1950, lorsque l’industrialisation galopante a remplacé dans les champs l’humain par la machine et la chimie, et amorcé le déclin du mode de vie paysan. La majorité des femmes quitte alors le monde agricole. Ce détachement est paradoxal : s’il est très certainement une exclusion, puisque les filles d’agriculteurs ne sont pas prioritaires dans les fratries pour reprendre la ferme de leurs parents, cette éviction ouvre aussi une voie d’émancipation dans un monde rural où l’identité professionnelle agricole ne se décline de toute manière pas au féminin. Les familles d’agriculteurs encouragent leurs filles à sortir du milieu en réussissant à l’école, en faisant des études, et en s’engageant – entre autres – dans la fonction publique en plein essor, dont les modalités de recrutement sont plus ouvertes qu’ailleurs aux femmes de milieu populaire.

Article issu de notre hors-série « Ces terres qui se défendent », disponible en kiosque et sur notre boutique.

Quant à celles qui restent, elles s’attachent généralement à la terre via le mariage avec des héritiers. Clémentine Comer, chercheuse en science politique qui a étudié les formes d’engagements féminins dans la profession agricole, les nomme « les accompagnantes » : ce sont des femmes agricultrices qui travaillent aux côtés de leur mari, mais qui n’ont aucune existence sociale et professionnelle propre. Brigitte, fermière en Ille-et-Vilaine, témoigne de cette époque. Elle est aujourd’hui à la retraite et touche à peine 700 euros par mois. Fille de paysans-ouvriers bretons, elle est partie faire des études de sociologie au milieu des années 1970. Tombée amoureuse, elle décide de suivre son mari animé par un projet de retour à la terre. « L’exploitation était à son nom. Comme il n’y avait pas de statut pour les femmes, j’étais ayant droit. Je n’avais pas de numéro de Sécu à mon nom. J’étais “ conjointe ”… sans profession en fait. » Elle ajoute : « ce n’était pas normal mais ça n’a pas joué dans la relation de couple, c’était tellement courant à l’époque… » Les droits des femmes d’agriculteurs progressent très lentement : il leur faut attendre 1985 pour que soit autorisée l’association entre époux au sein d’une entreprise agricole, puis 1999 pour que soit créé le statut de conjoint·e collaborateur·rice. Ce statut reconnaît la place du conjoint, généralement la femme, qui participe aux activités de la ferme mais n’est ni salarié·e ni associé·e, et lui permet d’accéder à une Sécurité sociale minimale.

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À propos de l’auteur·ice
Reprise de terres
Reprise de terres est un groupe d’habitant·es de lieux en lutte (paysan·nes, chercheur·euses, militant·es). Ils sont rédacteurs en chef invités du hors-série Ces terres qui se défendentRetrouver tous ses articles.

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