De la liberté au XXIe siècle

Écrit par Nicolas Celnik. Publié le . Modifié le .

C’est parce qu’elles voulaient être délivrées des contraintes de la vie quotidienne que les sociétés occidentales sont devenues dépendantes d’un système dont elles n’arrivent pas à sortir. Dans un essai convaincant, le « philosophe-jardinier » Aurélien Berlan retrace la genèse de notre conception apolitique de la liberté. Selon lui, nous avons poursuivi un désir d’émancipation individuelle compris comme une « exonération des tâches liées à la subsistance » plutôt que comme une manière « d’abolir les rapports de domination sociale ». La liberté proposée par le capitalisme est alors devenue un moyen de « faire faire » certaines tâches (produire sa nourriture, fabriquer ses outils, se faire livrer ses courses), quand les Anciens concevaient la liberté comme la « possibilité de participer activement aux décisions qui orientent la cité ».

Pour renouer avec ce sens ancien de la liberté, Berlan propose de repenser l’autonomie comme une manière d’assumer la « prise en charge de nos conditions de vie ». Il en va, d’abord, de l’autonomie matérielle, qui passe par une vie en autosuffisance (ce qui implique une autolimitation des besoins), de l’autoproduction (ce qui oriente vers des techniques sobres et low-tech) et d’un ancrage local (à savoir, connaître ses terres et ses voisins). Mais cela implique aussi une autonomie politique, qui permet de « nouer des liens libres [pour] choisir qui l’on veut voir, et quand ». Ou comment reconquérir sa liberté en mettant les mains dans la terre et le cambouis. 

Terre et Liberté. La quête d’autonomie contre le fantasme de délivrance, Aurélien Berlan, La Lenteur, 26 novembre 2021, 220 pages, 16 €.

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À propos de l’auteur·ice
Nicolas Celnik
Journaliste indépendant, collabore également avec Libération et Reporterre. Nicolas Celnik est le co-auteur avec Fabien Benoît de l’ouvrage « Techno-luttes, Enquête sur ceux qui résistent à la technologie » (Seuil, 2022).Retrouver tous ses articles.

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