Vivre et mourir en Terrestre

Écrit par Youness Bousenna. Publié le . Modifié le .

La crise écologique a l’effet d’un miroir grossissant. Elle révèle des traits ontologiques enfouis, invitant à des rapprochements tels que celui opéré par Pierre Madelin. L’essayiste et traducteur questionne le rôle du rapport à la mort de la culture occidentale dans la destruction de la Terre : notre civilisation s’est édifiée sur l’idée que celle-ci n’était pas un foyer, mais un lieu d’exil. De Platon et de la Bible au transhumanisme, le « fantasme d’un triomphe sur la mort » est central dans notre culture et joue, selon l’hypothèse posée, un rôle-clé dans l’anthropocentrisme, qui autorise la destruction de notre environnement. En ouvrant de nombreuses pistes stimulantes, Pierre Madelin avance qu’un lien existe entre la logique dualiste de la mort (selon laquelle quelque chose survit au corps physique) et celle de sociétés admettant une forte hiérarchie sociale.

À ce fonds s’est ajouté celui d’une modernité dont le scientisme a conduit à « l’épuisement des foyers métaphysiques disponibles » : les Occidentaux sont condamnés à vivre sans au-delà dans un monde dévalué. Cette aporie, le transhumanisme y répond par sa quête d’immortalité terrestre, comme une « conséquence adaptative » de l’impasse écologique. S’appuyant sur la pensée de la philosophe australienne Val Plumwood (1939-2008), Pierre Madelin tente de réhabiliter une conception qui nous réconcilierait avec la condition terrestre. Elle implique, pour mieux vivre notre vie, de revaloriser la mort.

La Terre, les corps, la mort. Essai sur la condition terrestre,  Pierre Madelin,  Éditions Dehors, 25 août 2022, 208 pages, 18 €

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Youness Bousenna
À propos de l’auteur·ice
Youness Bousenna
Journaliste. Son travail apparait notamment dans Telerama, Socialter, Le Monde, Limite. Il est également l’auteur de Albert Camus, l’éternité est ici (Première partie, 2019).Retrouver tous ses articles.

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