Une histoire critique de l’État

Écrit par Youness Bousenna. Publié le . Modifié le .

Cet essai commence par une confession. Il est « la synthèse, et sans doute l’étape ultime, d’un long itinéraire », glisse Jean-François Bayart, aujourd’hui âgé de 72 ans. Cet aboutissement, qui tient dans ce pavé de près de 800 pages, est donc de première importance, tant cet éminent spécialiste de l’État en Afrique fait autorité en sociologie politique. Ici, il délivre sa réflexion sur l’un des traits les plus fondamentaux de notre temps : la genèse, la diffusion et l’universalisation du modèle de l’État-nation.

Ce phénomène, il le traite avec deux autres ordinairement disjoints que sont la globalisation (financière, économique, mais aussi culturelle) et l’identitarisme. Loin d’être contradictoire, cette puissante « critique politique de la formation de l’État » entend disséquer la dynamique historique dont procède ce triangle. Nourrissant son propos d’une somme astronomique d’exemples et de références, Jean-François Bayart explore la naissance de cette « abstraction politique » qu’est l’État et son édification sur le « réel hétérogène » formé par les territoires, les mœurs, les peuples. De l’invention de la tradition – nécessaire à sa légitimité – à la production des « catégories de l’inégalité », le politiste offre une œuvre maîtresse conduisant à reconsidérer des figures comme Donald Trump, Narendra Modi ou Vladimir Poutine, non comme des anomalies, mais comme l’incarnation des trois logiques profondes propulsées par la dynamique de l’État – soit un mélange de pouvoir, d’argent et de culte identitaire.

L’Énergie de l’État. Pour une sociologie historique et comparée du politique, Jean-François Bayart, La Découverte, 10 mars 2022, 780 pages, 28 €.

Actuellement en kiosque

Hors-série — Résister aux nouveaux fascismes avec Salomé Saqué

19,00 €

La newsletter de Socialter

Recevez nos actualités, les annonces de nos nouvelles parutions ainsi que des promotions et concours exclusifs.

Youness Bousenna
À propos de l’auteur·ice
Youness Bousenna
Journaliste. Son travail apparait notamment dans Telerama, Socialter, Le Monde, Limite. Il est également l’auteur de Albert Camus, l’éternité est ici (Première partie, 2019).Retrouver tous ses articles.

Actuellement en kiosque

Hors-série — Résister aux nouveaux fascismes avec Salomé Saqué

19,00 €

La newsletter de Socialter

Recevez nos actualités, les annonces de nos nouvelles parutions ainsi que des promotions et concours exclusifs.

À lire aussi

Myriam Bahaffou : « L’écologie implique par nature de reconnaître l’érotisme des autres qu’humains »

Réservé aux abonné·es :Myriam Bahaffou : « L’écologie implique par nature de reconnaître l’érotisme des autres qu’humains »

« La question érotique est une question écologique » : partant de ce postulat, la philosophe écoféministe Myriam Bahaffou explore les façons d’érotiser nos relations et nos expériences, sensuelles, charnelles, esthétiques, intellectuelles, avec les mondes autres qu’humains. Inspirée par le mouvement décolonial et queer, elle milite pour une jouissance débarrassée des injonctions capitalistes : prédation, productivité, privatisation. Entretien avec une chercheuse aux propos aussi libres que déjantés.

Par Clea Chakraverty

Michaël Fœssel : « Une partie de la gauche considère que le plaisir est suspect parce qu’il manifesterait une complicité avec un monde injuste »

Réservé aux abonné·es :Michaël Fœssel : « Une partie de la gauche considère que le plaisir est suspect parce qu’il manifesterait une complicité avec un monde injuste »

Peut-on éprouver du plaisir dans un monde injuste, sans se sentir coupable ou complice ? Le philosophe Michaël Fœssel répond par l’affirmative. Quand il ne confine pas à la simple satisfaction de nos désirs et ne succombe pas aux sirènes consuméristes, le plaisir se joue en effet de l’ordre établi, cultive le sens du collectif, de l’inattendu et de la surprise, et reste éminemment politique et subversif. Inscrit dans l’histoire de la gauche, il permet de sortir du seul registre de l’indignation et de la dénonciation, pour esquisser d’autres horizons désirables.

Par Fabien Benoit