Quel temps commun pour la culture ?

Écrit par Vincent Gautier. Publié le . Modifié le .Illustration par Illustration : Ana Galvan

Cet article est réservé aux abonné·es.

Soirée de gala au Gaumont-Palace. Ce 6 octobre 1960, cinq mois après le triomphe de Ben-Hur aux Oscars, Charlton Heston arrête enfin son char à Paris. L’épopée anti­que de William Wyler est l’événement de la ­rentrée pour l’un des plus grands cinémas au monde, à quelques pas de la place de ­Clichy. Ce sont environ 3 500 spectateurs qui se sont empressés de se rendre dans cette cathédrale dédiée au 7e art pour river leur regard à l’écran de 23 mètres de long. Ces quelques lignes ont peut-être soudainement éveillé votre désir de passer les prochaines heures en compagnie de Judah Ben-Hur ? Après tout, rien ne vous empêche de refermer ce magazine, d’allumer votre télévision ou de vous saisir de votre smartphone et de ­commencer le visionnage en moins de deux minutes. Sur YouTube, la location ne vous coûtera que quelques euros. Les habitués de la plateforme MyCanal y avaient d’ailleurs accès, encore récemment, grâce à leur abonnement. Sans compter les autres voies que vous seriez tenté d’arpenter hors des sentiers de la légalité. Si vous êtes toujours là, à tenir ce hors-série entre vos mains, vous vous demandez certainement où compte en venir l’auteur de ces lignes. Il ne s’agit pas d’ouvrir un débat sur le prix ou l’accès à un film classique, mais de montrer, par un contraste vertigineux d’environ soixante ans, à quel point l’accès aux œuvres audiovisuelles tend vers toujours plus d’immédiateté. Jusqu’à bouleverser en partie une fonction primordiale de l’art : faire naître une expérience partagée dans un espace-temps commun. 

Seul face à l’écran

Si les outils numériques ont grandement participé à ce mouvement, ils ne sont que le dernier jalon d’une trajectoire qui a débuté au mitan du siècle dernier lorsque, avec l’adoption massive par les foyers de la télévision, les films et les séries firent leur incursion dans le cadre domestique. Plus besoin d’aller dans une salle obscure et de partager…

Cet article est réservé aux abonné·es. Déjà abonné·e ? Connectez-vous.

Envie de lire la suite ? Pour profiter de l’ensemble de nos articles, abonnez-vous.

L’abonnement vous donne accès à l’intégralité de nos articles.

Voir les offres d’abonnement

Actuellement en kiosque

Hors-série — Résister aux nouveaux fascismes avec Salomé Saqué

19,00 €

La newsletter de Socialter

Recevez nos actualités, les annonces de nos nouvelles parutions ainsi que des promotions et concours exclusifs.

Vincent Gautier
À propos de l’auteur·ice
Vincent Gautier
Vincent Gautier est journaliste au Parisien.Retrouver tous ses articles.

Actuellement en kiosque

Hors-série — Résister aux nouveaux fascismes avec Salomé Saqué

19,00 €

La newsletter de Socialter

Recevez nos actualités, les annonces de nos nouvelles parutions ainsi que des promotions et concours exclusifs.

À lire aussi

Myriam Bahaffou : « L’écologie implique par nature de reconnaître l’érotisme des autres qu’humains »

Réservé aux abonné·es :Myriam Bahaffou : « L’écologie implique par nature de reconnaître l’érotisme des autres qu’humains »

« La question érotique est une question écologique » : partant de ce postulat, la philosophe écoféministe Myriam Bahaffou explore les façons d’érotiser nos relations et nos expériences, sensuelles, charnelles, esthétiques, intellectuelles, avec les mondes autres qu’humains. Inspirée par le mouvement décolonial et queer, elle milite pour une jouissance débarrassée des injonctions capitalistes : prédation, productivité, privatisation. Entretien avec une chercheuse aux propos aussi libres que déjantés.

Par Clea Chakraverty

Michaël Fœssel : « Une partie de la gauche considère que le plaisir est suspect parce qu’il manifesterait une complicité avec un monde injuste »

Réservé aux abonné·es :Michaël Fœssel : « Une partie de la gauche considère que le plaisir est suspect parce qu’il manifesterait une complicité avec un monde injuste »

Peut-on éprouver du plaisir dans un monde injuste, sans se sentir coupable ou complice ? Le philosophe Michaël Fœssel répond par l’affirmative. Quand il ne confine pas à la simple satisfaction de nos désirs et ne succombe pas aux sirènes consuméristes, le plaisir se joue en effet de l’ordre établi, cultive le sens du collectif, de l’inattendu et de la surprise, et reste éminemment politique et subversif. Inscrit dans l’histoire de la gauche, il permet de sortir du seul registre de l’indignation et de la dénonciation, pour esquisser d’autres horizons désirables.

Par Fabien Benoit