L’Amazon verte, le roman de Françoise d’Eaubonne

Écrit par Lison Nicolsol. Publié le . Modifié le .

Il faut imaginer une femme qui parle fort, vit seule dans un studio miteux du Paris des années 1960 et partage son temps entre l’écriture (elle signe une centaine d’ouvrages, allant du roman de science‑fiction inventant un monde sans hommes, au pamphlet sur la virilité) et l’action directe (elle a notamment fait exploser une bombe sur le chantier de Fessenheim, en 1975). Ainsi se présente Françoise d’Eaubonne, « première écoféministe » française, dans cette biographie écrite par la journaliste Élise Thiébaut. C’est à travers sa vie intime qu’est introduite sa théorie politique. Le détail des relations violentes que lui font subir ses partenaires, puis son engagement au Mouvement de libération des femmes (MLF) pour défendre l’avortement éclairent son point de départ conceptuel : « le lapinisme phallocratique ». Produit de l’appropriation de la fertilité (le fait d’avoir arraché la terre aux femmes) et de la fécondité (en assujettissant le corps féminin aux pulsions « mâles »), cette tendance masculine aboutit à surpeupler le monde et à en surexploiter les ressources, soutient Françoise d’Eaubonne. Restituer une planète saine aux humains ne peut donc passer que par la réappropriation des corps dans une perspective féministe – et, partant, par l’abolition du capitalisme. Le raisonnement trouve un écho aux États-Unis et en Inde, mais ne prend pas en France. Du moins, jusqu’à récemment : à l’heure de la redécouverte de l’écoféminisme, parfois réduit à un « féminisme écolo », voire à une glorification des vertus supposées « féminines », ce livre sonne comme un utile rappel de ses origines marxistes.

Actuellement en kiosque

Hors-série — Résister aux nouveaux fascismes avec Salomé Saqué

19,00 €

La newsletter de Socialter

Recevez nos actualités, les annonces de nos nouvelles parutions ainsi que des promotions et concours exclusifs.

À propos de l’auteur·ice
Lison Nicolsol

Actuellement en kiosque

Hors-série — Résister aux nouveaux fascismes avec Salomé Saqué

19,00 €

La newsletter de Socialter

Recevez nos actualités, les annonces de nos nouvelles parutions ainsi que des promotions et concours exclusifs.

À lire aussi

Myriam Bahaffou : « L’écologie implique par nature de reconnaître l’érotisme des autres qu’humains »

Réservé aux abonné·es :Myriam Bahaffou : « L’écologie implique par nature de reconnaître l’érotisme des autres qu’humains »

« La question érotique est une question écologique » : partant de ce postulat, la philosophe écoféministe Myriam Bahaffou explore les façons d’érotiser nos relations et nos expériences, sensuelles, charnelles, esthétiques, intellectuelles, avec les mondes autres qu’humains. Inspirée par le mouvement décolonial et queer, elle milite pour une jouissance débarrassée des injonctions capitalistes : prédation, productivité, privatisation. Entretien avec une chercheuse aux propos aussi libres que déjantés.

Par Clea Chakraverty

Michaël Fœssel : « Une partie de la gauche considère que le plaisir est suspect parce qu’il manifesterait une complicité avec un monde injuste »

Réservé aux abonné·es :Michaël Fœssel : « Une partie de la gauche considère que le plaisir est suspect parce qu’il manifesterait une complicité avec un monde injuste »

Peut-on éprouver du plaisir dans un monde injuste, sans se sentir coupable ou complice ? Le philosophe Michaël Fœssel répond par l’affirmative. Quand il ne confine pas à la simple satisfaction de nos désirs et ne succombe pas aux sirènes consuméristes, le plaisir se joue en effet de l’ordre établi, cultive le sens du collectif, de l’inattendu et de la surprise, et reste éminemment politique et subversif. Inscrit dans l’histoire de la gauche, il permet de sortir du seul registre de l’indignation et de la dénonciation, pour esquisser d’autres horizons désirables.

Par Fabien Benoit