Érosion de la biodiversité : les rouages de l’extinction

Écrit par Philippe Vion-Dury. Publié le . Modifié le .Illustration par Illustration : Agence Kiblind

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C’est quoi, la biodiversité ?

La « biodiversité » désigne la variété du vivant sur Terre. En réalité, ce terme est davantage une bannière qu’une catégorie achevée. « Le terme de biodiversité est lui-même vivant », résume ­Vincent ­Devictor, chercheur au CNRS en écologie et biologie de la conservation, dans Nature en crise (Le Seuil, 2015). Il regroupe trois ensembles : diversité génétique au sein d’une même espèce, diversité des espèces, diversité des écosystèmes. Chacun de ces niveaux ­communique avec les autres au sein d’un écosystème à travers un ensemble d’interactions, d’où une ultime catégorie de diversité : la diversité fonctionnelle, soit ­ensemble des « fonctions » jouées par ces différentes composantes. Si les images de l’ours blanc malingre sur sa banquise ont un impact symbolique auprès de spectateurs médusés, elles ne sauraient rendre justice à l’infinie complexité des interactions du vivant et des mécanismes à l’origine de l’érosion de la biodiversité.

Populations, espèces… de quoi parle-t-on ?

Le dernier rapport Planète Vivante du WWF, publié en septembre 2020, alertait le grand public : entre 1970 et 2016, la taille moyenne des populations de vertébrés sauvages a décliné de 68 %. Un chiffre fort, mais surtout fort mal compris : « taille moyenne », « populations », « vertébrés », « sauvages »… la mention d’autant de paramètres ne pouvait donner lieu, dans la presse, qu’à des raccourcis. À tel point qu’Arnaud Gauffier, directeur des programmes du WWF France, a dû se défendre préventivement dans Reporterre (10 septembre 2020) : « Cela ne veut pas dire que nous avons perdu 68 % des animaux de la ­planète depuis 1970. Le chiffre ne porte que sur les populations de vertébrés que nous avons suivies. » Mais cela n’a pas manqué : une rapide recherche en ligne révèle ainsi qu’un site d’information parle de « 68 % de la faune sauvage », tandis qu’un autre titre s’alarme de la « disparition de deux tiers de la biodiversité mondiale ». Tentons d’y voir plus clair. Les rapports établissant l’évolution de la biodiversité mettent généralement en avant la diversité animale uniquement, et font appel à deux qualificatifs distincts : espèce et population. Une espèce émerge par un processus évolutif nommé « spéciation » qui résulte de la dérive génétique (les mutations aléatoires des indi­vidus) et la sélection…

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