L’histoire de l’humanité est aussi l’histoire des inégalités. Si celles-ci n’ont été que « sporadiques ou éphémères » durant le long paléolithique, le redoux climatique depuis 10 000 ans qui a marqué, au cours du néolithique, le début des civilisations, fut aussi le point de départ d’une « grande “déségalisation” », selon Walter Scheidel. Ce sont ces inégalités croissantes que l’historien à l’université de Stanford va ausculter dans une somme époustouflante de connaissances. S’intéressant à toutes les régions et à toutes les époques, l’auteur dégage plusieurs conclusions capitales. La première est que les sociétés complexes génèrent naturellement des niveaux d’inégalités croissants. Il révèle ensuite que « les plus grands nivellements sont invariablement nés des chocs violents », qu’il nomme les « Quatre Cavaliers » – chacun étant analysé dans un long chapitre : ce sont les guerres de masse, les révolutions « transformatrices » (comme l’URSS ou la Chine de Mao), les écroulements étatiques et, enfin, les grandes pandémies comme celle de la peste. Ce désagréable constat se double d’un autre : étudiant les causes moins violentes de compression des inégalités, Scheidel aboutit au constat que celles-ci n’ont jamais eu la portée des « Quatre Cavaliers ». Ce qui conduit enfin l’auteur à démolir l’un des mythes de notre actuel capitalisme, incarné par les théories de l’économiste Simon Kuznets, selon lequel une richesse toujours plus grande conduit in fine à une baisse des inégalités. Ce credo est faux, rétorque Scheidel, dont l’éblouissante archéologie pourra servir de boussole pour les temps présents.
La femme endettée







