Stratégies anticapitalistes pour le XXIe siècle

Écrit par Philippe Vion-Dury. Publié le . Modifié le .

Un autre monde est possible ! Même au crépuscule de sa vie, Erik Olin Wright n’en aura pas démordu. Dans cet ouvrage publié en l’état quelques mois après sa mort, le professeur de sociologie poursuit ses réflexions entamées dans son volumineux Utopies réelles (La Découverte, 2017) qui recensait les brèches susceptibles de faire advenir une société désirable. Il identifie 5 stratégies distinctes qui ont visé, depuis le XIXe siècle, à dépasser le capitalisme : l’écraser (prendre le contrôle de l’État et opérer une rupture radicale passant par la destruction de l’ancien système), le démanteler (se servir de l’État pour effectuer une transition progressive vers un autre modèle), le domestiquer (conserver le capitalisme mais tenter d’en neutraliser les effets systémiques délétères), y résister (tenter d’influencer les élites ou les politiques publiques sans chercher à prendre directement le pouvoir grâce, par exemple, au lobbying) ou le fuir (se soustraire à l’emprise du capitalisme en tentant de vivre et s’épanouir au sein de microsociétés alternatives). Si elles ont, jusqu’ici, toutes échoué, l’espoir est permis, selon l’auteur, qui croit voir émerger en Amérique latine et en Europe du Sud les prémisses de nouvelles formes de résistance qui mêlent fuite, domestication et démantèlement. Cette union inédite, que l’auteur baptise « stratégie d’érosion », vise à multiplier les initiatives qui, en se logeant dans les interstices, sont autant de grains susceptibles de gripper la machine capitaliste et de lui faire perdre son hégémonie, de la même manière que le capitalisme a lentement érodé le féodalisme. Un heureux testament.  

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Philippe Vion-Dury
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