Le point de départ de votre livre, c’est l’émerveillement qu’ont ressenti les gens en voyant réapparaître des animaux en ville lors du premier confinement. Cela a-t-il changé nos perceptions de la ville, du sauvage et des animaux ?
Oui, il y a eu subitement un mélange de sentiments de liberté, d’imprévisibilité, d’étrangeté et d’altérité. La ville s’était vêtue d’autres couleurs que celles qu’on lui connaissait habituellement. La présence de ces animaux sauvages s’apparentait un peu à la présence d’un animal domestique : ça a redistribué les rôles et fait réémerger des sources d’expérience autour de soi. Je ne pense pas en revanche que les expressions comme « la nature reprend ses droits » ou « les animaux ont réapparu » soient correctes : ces animaux étaient déjà là, tout proches. On les a simplement vus de nouveau.
Les oiseaux sont un bon exemple : ils étaient là, mais on ne percevait plus leur existence. Beaucoup de gens se sont mis à télécharger des applications pour les photographier et les identifier.
Je crois qu’il s’agit là d’un problème de considération. Nos perceptions se sont amenuisées du fait de l’enfermement, et la pluralité du monde a été étouffée. La vision de ces animaux a joué un rôle pour rendre ce premier confinement plus supportable. Mais parallèlement, les gens ont progressivement réalisé que la présence d’animaux, ou plus exactement la promiscuité trop grande avec des animaux sauvages, était responsable du coronavirus. Il y a eu, un peu sur le tard, cette expérience paradoxale d’un émerveillement face à une nature qui semblait tout d’un coup rendue à elle-même et, dans le même temps, la conscience qu’une trop grande proximité avec les animaux nous rendait très vulnérables et augmentait le risque que la barrière de l’espèce soit franchie par des virus.








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