Joelle Zask – Penser la ville comme un écosystème

Écrit par Philippe Vion-Dury. Publié le . Modifié le .

Cet article est réservé aux abonné·es.

Le point de départ de votre livre, c’est ­l’émerveillement qu’ont ressenti les gens en voyant réapparaître des animaux en ville lors du premier confinement. Cela a-t-il changé nos perceptions de la ville, du sauvage et des animaux ?

Oui, il y a eu subitement un mélange de sentiments de liberté, d’imprévisibilité, d’étrangeté et d’altérité. La ville s’était vêtue d’autres couleurs que celles qu’on lui connaissait habituellement. La présence de ces animaux sauvages s’apparentait un peu à la présence d’un animal domestique : ça a redistribué les rôles et fait réémerger des sources d’expérience autour de soi. Je ne pense pas en revanche que les expressions comme « la nature reprend ses droits » ou « les animaux ont réapparu » soient correctes : ces animaux étaient déjà là, tout proches. On les a simplement vus de nouveau. 

Les oiseaux sont un bon exemple : ils étaient là, mais on ne percevait plus leur existence. Beaucoup de gens se sont mis à télécharger des applications pour les photographier et les identifier.

Je crois qu’il s’agit là d’un problème de considération. Nos perceptions se sont amenuisées du fait de l’enfermement, et la pluralité du monde a été étouffée. La vision de ces animaux a joué un rôle pour rendre ce premier confinement plus supportable. Mais parallèlement, les gens ont progres­sivement réalisé que la présence ­d’animaux, ou plus exactement la promiscuité trop grande avec des animaux sauvages, était responsable du coronavirus. Il y a eu, un peu sur le tard, cette expérience paradoxale d’un émerveillement face à une nature qui semblait tout d’un coup rendue à elle-même et, dans le même temps, la conscience qu’une trop grande ­proximité avec les animaux nous rendait très vulnérables et augmentait le risque que la barrière de l’espèce soit franchie par des virus.

Une hypothèse que vous formulez est qu’il va y avoir de plus en plus d’animaux sauvages dans les villes. À ce titre, on peut évoquer l’image de ces ours qui viennent faire les poubelles en Amérique du Nord. 

Ours, coyotes, renards, sangliers, singes, girafes, pumas, jaguars, autruches… Ce phénomène existe dans le monde entier. Je pense que les villes européennes sont très peu envahies pour l’instant : on a seulement des rats et quelques sangliers, des mouettes ou des goélands. On n’a pas le sentiment que les animaux prennent le…

Cet article est réservé aux abonné·es. Déjà abonné·e ? Connectez-vous.

Envie de lire la suite ? Pour profiter de l’ensemble de nos articles, abonnez-vous.

L’abonnement vous donne accès à l’intégralité de nos articles.

Voir les offres d’abonnement

Actuellement en kiosque

Hors-série — Résister aux nouveaux fascismes avec Salomé Saqué

19,00 €

La newsletter de Socialter

Recevez nos actualités, les annonces de nos nouvelles parutions ainsi que des promotions et concours exclusifs.

Philippe Vion-Dury
À propos de l’auteur·ice
Philippe Vion-Dury

Actuellement en kiosque

Hors-série — Résister aux nouveaux fascismes avec Salomé Saqué

19,00 €

La newsletter de Socialter

Recevez nos actualités, les annonces de nos nouvelles parutions ainsi que des promotions et concours exclusifs.

À lire aussi

Myriam Bahaffou : « L’écologie implique par nature de reconnaître l’érotisme des autres qu’humains »

Réservé aux abonné·es :Myriam Bahaffou : « L’écologie implique par nature de reconnaître l’érotisme des autres qu’humains »

« La question érotique est une question écologique » : partant de ce postulat, la philosophe écoféministe Myriam Bahaffou explore les façons d’érotiser nos relations et nos expériences, sensuelles, charnelles, esthétiques, intellectuelles, avec les mondes autres qu’humains. Inspirée par le mouvement décolonial et queer, elle milite pour une jouissance débarrassée des injonctions capitalistes : prédation, productivité, privatisation. Entretien avec une chercheuse aux propos aussi libres que déjantés.

Par Clea Chakraverty

Michaël Fœssel : « Une partie de la gauche considère que le plaisir est suspect parce qu’il manifesterait une complicité avec un monde injuste »

Réservé aux abonné·es :Michaël Fœssel : « Une partie de la gauche considère que le plaisir est suspect parce qu’il manifesterait une complicité avec un monde injuste »

Peut-on éprouver du plaisir dans un monde injuste, sans se sentir coupable ou complice ? Le philosophe Michaël Fœssel répond par l’affirmative. Quand il ne confine pas à la simple satisfaction de nos désirs et ne succombe pas aux sirènes consuméristes, le plaisir se joue en effet de l’ordre établi, cultive le sens du collectif, de l’inattendu et de la surprise, et reste éminemment politique et subversif. Inscrit dans l’histoire de la gauche, il permet de sortir du seul registre de l’indignation et de la dénonciation, pour esquisser d’autres horizons désirables.

Par Fabien Benoit